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La réforme de l’orthographe : une simplification complexe

La réforme de l’orthographe : une simplification complexe

Tous les journaux en ont parlé, avec précision et clarté le plus souvent, inutile donc d’y revenir : les rectifications proposées en 1990 par le Conseil supérieur de la langue française ont fini par remonter à la surface et feront sagement leur rentrée en septembre 2016. C’est dit, c’est décidé.

Inutile également de débattre sur le bien-fondé de ces rectifications, d’autres plus savants l’ont très bien fait, et ce depuis plus de vingt ans. Signalons tout de même que les spécialistes les plus éminents se montrent unanimement sceptiques sur la réelle utilité de cette « réforme », qui porte sur l’orthographe lexicale (les mots en eux-mêmes) – aujourd’hui d’ailleurs assez bien prise en charge par la plupart des correcteurs orthographiques –, et non pas sur l’orthographe grammaticale (les accords, les pronoms, etc.), pourtant la plus difficile à assimiler.

Notons également que l’Académie française prend ses distances avec cette nouvelle orthographe (en affirmant n’en avoir approuvé que le principe), et surtout que le gouvernement lui-même s’est empressé de relativiser son annonce en précisant notamment sur une page dédiée datée du 5 février qu’à la rentrée 2016, « les manuels scolaires pourront [et non pas devront], faire référence […] aux rectifications de l’orthographe adoptées en 1990 », que ces rectifications « ne sauraient être imposées » et qu’en conséquence, « les deux orthographes demeurent […] justes ». Simple dans la complexité.

La question qui nous préoccupe dans le cadre de ce blog est plus terre à terre : comment dans la « vraie vie » seront « jugées », évaluées les personnes qui choisiront d’écrire selon les nouvelles normes (le texte officiel fait dix-sept pages : à part les spécialistes, quelques passionnés, et bien sûr les correcteurs professionnels, qui va les lire ? Qui va les mémoriser ?) Par exemple, un professeur de master saura-t-il modérer les ardeurs de son stylo rouge s’il trouve dans un mémoire des « maitriser » et des « connaitre » tout du long, ou encore des notions « ambigües », des moteurs « diésel », de la « combattivité » ? Un employeur embauchera-t-il sans « apriori » un conducteur de « charriot » élévateur qui édulcore son café à la « saccarine » et reste calme face à tout « évènement » imprévu ? Les férus de littérature n’auront-ils pas une poussée d’« exéma » en parcourant les aventures d’un fameux « boutentrain » qui aura brisé son « traintrain » en attaquant les banques « révolver » au poing, pour finalement devenir « quincailler » ? Une « gageüre », non ?

Allez, au final, comme pour toutes les évolutions de notre belle langue, c’est le temps qui aura le dernier mot. D’ailleurs, un grand nombre des simplifications de 1996 sont déjà largement entrées dans nos mœurs écrites… sans qu’on s’en soit aperçu !

Et pour ceux qui aiment les débats amicaux et pleins dhumour, il est possible de réécouter la discussion sympathique entre Bernard Pivot (qu’on ne présente plus) et Olivier Houdart (correcteur au journal Le Monde) lors du Téléphone sonne du 10 février dernier sur France Inter.


     

 


 

Publié le  12 fév. 2016 16:38 dans Orthographe & Langue écrite  -  Lien permanent

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